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L'Editorial du Président, bulletin 44

Par Daniel Poisson - Le Samedi 6 Août 2016

Image de l'éditorial

Hommage à l'Impératrice Eugénie

 Il y a 150 ans, un certain 5 mai 1826, naissait Grenade (Espagne) Maria-Eugénia-Ignacia-Augustina, future impératrice des Français. Quel destin  exceptionnel que celui de cette femme, fille du comte de Teba, comte de Montijo, à la beauté naissante et à l'élégance sans pareil !

Voyageant beaucoup, notamment en France, elle se trouva à paris, en 1848, et fut  remarquée par le prince-président qui la revit, un peu plus tard, lors d'une réception chez la princesse Mathilde. L’Histoire était déjà au rendez-vous et son existence allait être liée bientôt à celle de l'Empereur Napoléon III.

Le mariage civil eut lieu le 29 janvier 1853 et, le lendemain, le mariage religieux, à Notre-Dame. Eugénie vivra désormais entourée d'une Cour avec dames d'honneur et courtisans.

 

Ses rapports personnels avec la reine Victoria seront des meilleurs, laquelle aura grand plaisir à dire d'elle « pleine de cœur et de feu, et cependant douce avec tant de candeur que l'ensemble est charmant ». A 29 ans, elle donnera un héritier à la dynastie, provoquant une joie indéfinissable dans le pays.

Le 14 juin 1856, aura lieu le baptême, avec pour parrain le pape et marraine, la reine de Suède. L' Impératrice évoquera ces moments extraordinaires en ces termes : « une allégresse ineffable  me soulevait l'âme ; je me répétais intérieurement: C'est par cet enfant, c'est par mon fils que la dynastie napoléonienne s'enracinera sur la terre de France, comme s'y est implantée il y a huit siècles la dynastie capétienne ; c'est lui qui mettra le sceau définitif à l’œuvre de son père... » . « A la fin de la cérémonie, lorsque l'Empereur a élevé notre fils dans ses bras pour le montrer au peuple, mon émotion est devenue si poignante que mes jambes  se sont dérobées sous moi et que j'ai du m'asseoir précipitamment. » Au retour, elle confiera à son auguste époux : »Pareil baptême vaut un sacre... » La famille Impériale se rendait souvent à Saint-Cloud, en juin, à Fontainebleau, en juillet, puis, à Saint-Cloud ; ensuite à Biarritz, enfin, Compiègne et l'hiver aux Tuileries. L'éclat des fêtes ne se démentait pas, dues  en grande partie à l'Impératrice. Elle écrivait encore « Je vis dans un monde où j'ai dû faire deux parts, la vie publique et la vie privée ».

 

Le 1er février 1858, elle sera déclarée Impératrice régente suite à l'attentat d'Orsini se souciant de la vie de l'Empereur et de l'avenir de son fils. Au lendemain de l'Exposition Universelle de 1867, elle prononcera des phrases sans détour : »Nous sommes dans une place assiégée. A peine une affaire est-elle finie qu'une autre recommence. Si le Prince Impérial avait dix-huit ans, nous abdiquerions ». Malgré des fêtes brillantes et une Europe omniprésente dans la capitale, avec des souverains émerveillés par tant de réussite, l'Impératrice sera affectée par les critiques de l'opposition et la maladie de son époux.

Le 17 novembre 1869, elle sera reçue officiellement en Égypte pour l 'inauguration du canal de Suez, l’œuvre de Ferdinand de Lesseps. Malgré le plébiscite favorable au régime, l'année 1870 sera l'année terrible avec la guerre franco-allemande qui verra Napoléon III et son fils  se rendre sur les lieux-même            des hostilités, l'Impératrice assurant la vacance du

pouvoir jusqu'à cette date fatidique du 4 septembre 1870.

 

Eugénie  quittera la France pour l'Angleterre où Napoléon III  la rejoindra après sa captivité en Allemagne et décédera le 9 janvier 1873 à 65 ans.

Une autre tragédie suivra, celle de la mort, en 1879 ; du Prince Impérial, sous l'uniforme britannique, tué par les zoulous. Cette mère, marquée par un chagrin  indescriptible, se rendra l'année suivante sur  les lieux  de ce crime abominable. Touchée dans sa chair , Eugénie décidera d'acquérir, en 1880, une propriété à Farnborough, où elle réunira tant de souvenirs émouvants consacrés  à Napoléon III et son fils, ainsi qu'une petite église pour les deux défunts. En 2014, Élisabeth Rispal, secrétaire-général adjointe des APN, et votre serviteur, avons représenté l'association, à titre privé, à Farnborough, et été reçus admirablement par la directrice de cette honorable propriété historique convertie en collège.  

Marquée par tous ces événements, Eugénie voyagera en Italie, à partir de 1882, mais principalement en France où elle passera ses hivers au Cap Martin.

Dame très digne et très respectable, ses séjours à Paris étaient toujours pleins d'émotions et de souvenirs quand elle descendait  à l'hôtel Continental, dans le même appartement, face aux Tuileries.

Au début de l'année 1914, elle regagnera l'Angleterre et créera une ambulance à ses frais, pour les officiers et soldats alliés auxquels elle rendait  une visite quotidienne, comme elle le faisait autrefois pour les blessés  de Crimée ou de Solférino. A l'issue du conflit, elle confiera une lettre à Georges Clémenceau que lui avait remis le Roi de Prusse en 1870 au sujet de l'Alsace-Lorraine.

 

Deux années plus tard, elle retrouvera son Espagne natale pour se faire opérer de la cataracte, opération qui réussira , mais, fiévreuse et fatiguée, elle rendra son dernier soupir le 11 juillet 1920. Après les honneurs du roi d'Espagne, ses restes mortels rejoindront les deux hommes de sa vie, à Farnborough, l'Empereur et le Prince Impérial.

Pour clore cet éditorial, qu'il me soit permis de vous souhaiter à tous avec mes amis du bureau, tous mes meilleurs vœux de bonne année.

 

Daniel Poisson

 

Sources :

- « Le Livre de la Famille Impériale ». Castelot, Decaux, Koenig, ouvrage collectif, éditions Perrin.

- « L'Impératrice Eugénie » de Claude Dufresne