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L'Editorial du Président, bulletin 43

Par Daniel Poisson - Le Samedi 6 Août 2016

Image de l'éditorial

 

Hommage à Madame Mère disparue il y a 180 ans

Il y a 200 ans, les tristes et amères pensées de l'Empereur exilé sur cet infâme rocher perdu dans l'océan allèrent vers cette mère exceptionnelles, sa propre mère, qui restera veuve 33 ans et aura 13 enfants dont 8 survécurent, et parmi ceux-là, le plus illustre d'entre eux, Napoléon.

Dans son testament, il précisera :

« Je remercie ma bonne et très excellente mère...

Je lègue à Madame la veilleuse d'argent...

Je lègue à madame, ma très bonne et chère mère, les bustes, cadres, petits tableaux qui sont dans mes chambres et les seize aigles d'argent qu'elle distribuera entre mes frères, sœurs, neveux.

Je charge Coursot de lui porter ces objets à Rome, ainsi que les chaînes et colliers de la Chine que Marchand lui remettra pour Pauline. »

C'est à Rome, en effet, qu'elle se retirera dans l'austère Palais Falconieri au début, puis, au Palais Rinuccini qu'elle achètera où les portes seront toujours ouvertes pour les Français.
Quel roman que sa vie tout comme celui de son fils le petit Nabulio qui allait devenir le grand Napoléon ! Celle, qui d'ascendance lombarde, se mariera à 14 ans à un certain Carlo Buonaparte, lequel décédera le 24.06.1785 à Montpelier.

Elle ne se séparera jamais du sort de ses enfants qui disparaîtront presque tous avant elle. C'était, dira-t-elle, la seule consolation qui me restait !

C'est elle qui pourra revendiquer haut et fort d'avoir giflé autant de reines et de rois, mais quelle famille, un Empereur, trois Rois, une Reine, une Princesse et une Grande Duchesse !

Femme de caractère, de droiture et de grandeur d'âme, elle était la digne mère d'un fils prodige. C'est elle qui fut la dernière personne de la Famille Impériale qui vint prendre congé de l'Empereur. Quelle scène plus tragique et plus belle que cette séparation éternelle, dira le tragédien Talma, témoin de la scène.

A Longwood, Napoléon ne cessera d'évoquer cette chère mère et d'avoir pour elle des sentiments d'admirations et de reconnaissance.

Las Cases écrira que l'Empereur avait présentes à la mémoire des leçons de fierté qu'il avait reçues dans dans son enfance et qu'elles avaient agi sur lui toute sa vie. Madame Mère avait une âme forte et trempée aux plus grands événements ; elle avait éprouvé cinq ou six révolutions ; elle avait eu trois fois sa maison brûlée par les factions corses. « Renoncez à votre position, lui avait dit Paoli, elle vous perdra, les vôtres, votre fortune ; les maux seront incalculables, rien ne pourra les réparer ! ». Madame répondit en héroïne, et, comme eut fait Cornélia, qu'elle ne connaissait pas deux lois, qu'elle, ses enfants, sa famille, ne reconnaissait que celle du devoir et de l'honneur ! » ;

Toujours à Sainte-Hélène, Napoléon confiera à Antommarchi :

« Restée seule, sans guide, sans appui, ma mère fut obligée de prendre la direction de ses affaires. Le fardeau était au-dessus de ses forces. Elle conduisait tout, administrait tout, avec une sagesse, une sagacité qu'on attendait ni de son sexe, ni de son âge ! Ah, docteur, quelle femme ! »

A Las Cases, de rappeler : « Ma mère était trop parcimonieuse, c'en était ridicule. Dans le fond, tout cela n'était qu'excès de prévoyance de sa part ; toute sa peur était de se retrouver un jour sans rien. Elle avait connu le besoin et ces terribles tourments ne lui sortaient pas de la pensée. Il est juste de dire d'ailleurs qu'elle donnait beaucoup à ses enfants, en secret, c'st une si bonne mère ! ».

En mai 1816, las Cases rapportait cette scène émouvante. Napoléon était furieux de recevoir une lettre émanant de son oncle, le cardinal Fesch, qui fut ouverte par son infâme geôlier et ses sbires « C'est de la pauvre Madame, elle se porte bien ! « Elle avait écrit « je suis bien âgée pour faire un voyage de 2000 lieues. Je mourrai peut-être en route, mais qu'importe, je serai plus près de vous ! »

Des nouvelles de Sainte-hélène, elle en recevra peu, la laissant dans le plus grand abaissement. Le docteur O'Meara qui sera à Longwood, la visitera et c'est elle qui choisira les prochains serviteurs qui rejoindront l'Empereur.

Les deuils de sa famille se succèderont et ses pensées pour son fils tant aimé ne la quitteront jamais.

« C'est comme public, qu'il faut le considérer. Ce sont les prodiges de sa politique, de son administration, de ses lois qu'il faut transmettre à la postérité, c'est la tâche la plus difficile mais la plus belle d'un historien. Il faut que l'Empereur apparaisse à la postérité dans ses proportions colossales. Sa vie est tellement pleine qu'on écrirait plusieurs in-folio si on voulait entrer dans tous les détails ; on fatiguerait le lecteur et on admoindirait le héros.»

A 85 ans, le 2 février 1836, vers 7 heures du soir, ses yeux se fermèrent définitivement avec ses deux fils Jérôme et Lucien à son chevet.

On embaumera son corps et on moulera son visage avant les funérailles qui eurent lieu dans l'église Santa-Maria in via lata.

En 1859, Napoléon III fit édifier un mausolée à Ajaccio, près de la Casa Bonaparte, où son corps fut déposé rejoint par les restes de son époux, revenu de Saint-Leu-la-Forêt le 5 avril 1951.

Autrefois Altesse, redevenue Madame Laetizia, elle restera toujours pour nous, madame Mère « pourvu que ça doure ! »

Daniel Poisson

Sources : « Madame Mère », Gilbert Martineau

Charles Roux F. « Rome, asile des Bonaparte »

Alain Decaux, de l'Académie Française « Letizia Bonaparte ».